Un défi sanitaire sous surveillance à Brazzaville
À Brazzaville, la silhouette change, et avec elle les habitudes alimentaires. Pour l’endocrinologue et diabétologue Louzolo Kimbembe, l’heure est à la vigilance : l’obésité guette chaque foyer si le contenu des assiettes n’évolue pas.
Rencontré au Centre hospitalier et universitaire de Brazzaville, le spécialiste a détaillé à l’Agence congolaise d’information les gestes simples capables d’enrayer la progression du surpoids et de ses redoutables complications cardiovasculaires et métaboliques.
Son propos, ferme mais accessible, insiste d’abord sur l’équilibre : moins de sucre, moins de graisses saturées, davantage de produits frais. « La lutte commence dans la cuisine, pas seulement à l’hôpital », rappelle-t-il.
Le rôle décisif de l’assiette
Réduire la part des fritures constitue le premier réflexe. Selon le médecin, la chaleur de l’huile détruit vitamines et antioxydants, tout en alourdissant la teneur en lipides des beignets, poissons panés ou frites si populaires aux abords des marchés.
Il recommande de privilégier la cuisson au bouillon, à la braise ou à l’étouffée. Ces méthodes, moins agressives, conservent mieux les nutriments et apportent, selon lui, des saveurs authentiques souvent éclipsées par l’excès d’huile.
Pour équilibrer l’apport protéique, le schéma qu’il propose est limpide : poisson quatre fois la semaine, volaille deux, viande rouge une. La charcuterie demeure occasionnelle, tant pour la ligne que pour la prévention des maladies inflammatoires comme la goutte.
Fruits, céréales et huiles stratégiques
Deux à trois portions de fruits par jour, mais pas n’importe lesquels : la pastèque, l’avocat ou la pomme affichent un index glycémique modéré qui évite les pics d’insuline et prolonge la sensation de satiété.
Côté matières grasses, le Dr Louzolo plébiscite l’huile d’olive, celle de colza et, plus encore, les acides oméga naturellement présents dans la chair des poissons de fleuve. « Ils protègent le cœur et les artères », insiste-t-il.
Le spécialiste déconseille en revanche le pain blanc et les pâtes trop cuites, qu’il décrit comme de véritables concentrés de sucre rapide. Le pain complet, un lait écrémé ou demi-écrémé et des portions calculées constituent, selon lui, un trio gagnant.
Patrimoine culinaire congolais à la loupe
Le saka-saka, plat emblématique, n’est pas interdit, loin s’en faut. Le docteur recommande simplement d’en réduire l’huile et la pâte d’arachide afin de préserver le goût sans alourdir la digestion ni la balance.
Même démarche pour le ndolé, le mpondou ou les bananes plantains frites : un feu vif, une courte immersion et un essorage soigné suffisent à limiter l’absorption de graisse tout en respectant l’authenticité des recettes familiales.
« L’équilibre alimentaire ne consiste pas à se priver, mais à savoir bien doser », résume le praticien, conscient de la valeur identitaire des repas partagés et de l’importance du plaisir gustatif pour garantir la constance des bonnes pratiques.
Activité physique, l’alliée oubliée
Une alimentation soignée perdrait de son intérêt sans mouvement régulier. Dans la cour du CHU, le Dr Louzolo rappelle chaque jour à ses patients que trente minutes de marche, de danse ou de vélo dessinent la seconde moitié de la stratégie anti-obésité.
Selon lui, inutile d’attendre l’inscription dans une salle coûteuse ; le quartier offre escaliers, trottoirs et terrains vagues suffisants pour s’activer gratuitement, en famille ou entre voisins, tout en renforçant le lien social.
À retenir
Moins de fritures, plus de poissons, trois portions de fruits raisonnables, du pain complet et un saka-saka allégé : la feuille de route proposée à Brazzaville repose sur des produits accessibles et sur une notion simple, le dosage.
S’y ajoutent trente minutes quotidiennes de mobilité douce, capables de transformer le métabolisme et de prévenir hypertension, diabète et douleurs articulaires liées au surpoids.
Le point santé
L’obésité n’est pas qu’une question d’esthétique. Elle majore le risque de maladies coronariennes, de troubles respiratoires et de formes sévères d’infections virales. Le message du CHU rappelle que la première thérapeutique reste l’assiette, secondée par l’exercice.
Des cellules de conseils nutritionnels sont déjà opérationnelles dans plusieurs services du centre hospitalier afin d’accompagner, à coût réduit, les familles souhaitant rééquilibrer leurs repas. Le Dr Louzolo observe une demande croissante, notamment chez les jeunes actifs.
Regards croisés de la société civile
Des associations de quartier relaient le discours médical lors d’ateliers culinaires et de marches collectives. Elles y voient le moyen d’améliorer le bien-être sans lourds investissements, dans la droite ligne des recommandations du spécialiste.
Dans un pays où la double charge de la malnutrition et de l’obésité coexiste parfois au sein d’une même famille, la diffusion de ces conseils apparaît comme un levier pragmatique pour soutenir la productivité et la qualité de vie.
Perspectives
Le Dr Louzolo continuera, promet-il, à multiplier les séances d’éducation sanitaire dans les écoles, les marchés et les médias locaux. Il espère créer un réflexe collectif d’anticipation plutôt qu’une réaction tardive face aux complications.
À l’issue de l’entretien, son credo reste limpide : chaque Congolais détient dans son panier d’achat une part décisive de son avenir sanitaire. Entre choix éclairés et activité régulière, l’obésité pourrait cesser d’être une fatalité.
