Une drague CSD pour sécuriser le rivage
Le port de Pointe-Noire a franchi un jalon technique le 20 août 2025 avec la mise à l’eau d’une drague de type Cutter Suction Dredger, pièce maîtresse du chantier d’extension du Quai Môle Est piloté par China Road and Bridge Corporation pour Congo Terminal.
Cette opération inaugurale confirme la stratégie nationale visant à moderniser les infrastructures maritimes et à positionner le Congo comme passerelle fiable entre l’Atlantique et les marchés de l’Afrique centrale, tout en répondant aux contraintes hydro-sédimentaires propres à l’enclave portuaire.
Un projet stratégique pour Pointe-Noire
La drague CSD découpe et aspire les sédiments avant de les refouler vers des zones de remblaiement, préparant la mise en place des enrochements censés stabiliser le nouveau terre-plein. L’outil peut extraire jusqu’à mille mètres cubes par heure, selon l’équipe technique.
D’ores et déjà, les ingénieurs soulignent que la bathymétrie locale exige une précision millimétrique. Toute variation pourrait compromettre la résistance des quais face aux houles australes, particulièrement fortes entre juillet et septembre, période où les flux pétroliers et miniers atteignent un pic.
Des standards internationaux exigeants
Le cahier des charges adopté par le maître d’ouvrage reprend les recommandations PIANC, référence mondiale pour la conception portuaire. Il combine modélisations hydrodynamiques, analyse de cycle de vie des matériaux et protocole de suivi environnemental certifié ISO 14001, afin de limiter l’empreinte carbone du dragage.
En parallèle, l’Autorité nationale des ports et voies navigables multiplie les inspections conjointes avec Bureau Veritas. Les essais de turbidité réalisés en temps réel montrent des concentrations largement inférieures au seuil de 80 milligrammes par litre, illustrant la maturité des procédures d’extraction sous-marine.
Selon Laurette Nkayi, professeure à l’université Marien-Ngouabi, « l’ambition affichée rapproche Pointe-Noire des hubs ouest-africains déjà certifiés EcoPorts, ce qui peut attirer des armateurs engagés dans des chaînes logistiques bas-carbone ». L’enjeu dépasse donc la simple mise à niveau technique.
Impact macroéconomique attendu
Le terminal modernisé portera la capacité annuelle à quatre millions de conteneurs équivalents vingt pieds, soit le double de la capacité actuelle. Cette augmentation devrait générer un effet d’entraînement sur le PIB congolais estimé à 1,2 point, selon la direction générale de l’économie.
Les acteurs privés anticipent également une réduction des coûts logistiques régionaux de près de 15 %, phénomène susceptible de favoriser les exportations agricoles venues du Niari, du Kouilou et des pays voisins enclavés comme la RDC ou le Centrafrique.
D’après la Banque africaine de développement, chaque jour gagné sur le transit maritime pourrait injecter 200 000 dollars d’économies dans la chaîne de valeur pétrolière. La compétitivité énergétique du golfe de Guinée en ressortirait consolidée, au bénéfice des producteurs comme des consommateurs.
Les partenariats sino-congolais à l’œuvre
Le chantier illustre un repositionnement de la coopération entre Brazzaville et Pékin, désormais orientée vers des co-investissements plutôt que des prêts souverains classiques. CRBC agit ici en tant qu’actionnaire minoritaire opérationnel, tandis que Congo Terminal conserve la majorité du capital et la gestion commerciale.
Cette approche hybride répond aux attentes des institutions multilatérales, soucieuses de viabiliser l’endettement public tout en mobilisant des flux financiers suffisants pour des projets lourds. L’initiative s’inscrit dans la nouvelle feuille de route conjointe définie lors du Forum économique Congo-Chine de 2024.
Pour Félicien Oba, directeur de cabinet au ministère des Transports, « le modèle partenarial ouvre la voie à une gouvernance davantage coproduite, gage de transfert de compétences vers la main-d’œuvre locale et de montée en gamme des normes de gestion portuaire ». Les syndicats ont salué cette perspective.
Une dynamique régionale renforcée
L’entrée en service progressive du nouveau quai coïncidera avec l’extension du corridor ferroviaire Pointe-Noire-Brazzaville-Bangui, soutenue par la Communauté économique des États de l’Afrique centrale. Les marchandises conteneurisées gagneront ainsi en intermodalité, réduisant les ruptures de charge et les délais douaniers.
À terme, le complexe portuaire aspire à devenir une plaque tournante pour le cabotage vers Cabinda, Luanda ou Abidjan. Des discussions sont en cours avec plusieurs armateurs du Top 10 mondial afin de consolider des services directeurs transatlantiques, condition clé pour attirer davantage de compagnies aériennes cargo.
Alors que l’Union africaine peaufine la Zone de libre-échange continentale, l’initiative du Môle Est apporte une contribution tangible à l’intégration physique du continent. La République du Congo y voit l’occasion de réaffirmer son rôle de facilitateur logistique, conformément aux orientations présidentielles émises en mai 2023.
Retombées sociales attendues
Le chantier mobilise actuellement plus de mille travailleurs, dont 82 % ressortissants congolais. Un programme de formation certifiante en génie maritime, financé par l’AFD, accompagne cette main-d’œuvre afin de créer un vivier durable de techniciens spécialisés dans le dragage et la maintenance portuaire, hautement recherchés.
Parallèlement, des micro-entreprises locales obtiennent des contrats de sous-traitance pour la fourniture de carburant marin, l’ensachage des matériaux d’enrochement et la gestion des déchets. Le tissu économique périphérique se densifie donc, réduisant la dépendance au secteur pétrolier et consolidant la résilience socio-économique de Pointe-Noire selon la chambre de commerce locale.
