Lancement officiel : Tous unis contre le cancer
Braslevé devant la salle comble du ministère, le docteur Jean-Rosaire Ibara a lancé, le 2 octobre 2025, l’édition 2025-2026 des campagnes « Octobre rose » et « Novembre bleu ». Le slogan, « Tous unis contre le cancer », résonnait comme un appel collectif à la vigilance.
Autour du ministre se tenaient le représentant résident de l’OMS, Dr Vincent Dossou Sodjinou, la directrice du PNLC, Pr Judith Nsondé Malanda, mais aussi des patientes guéries, des médecins et plusieurs bailleurs qui souhaitent amplifier le mouvement de prévention dans l’ensemble des douze départements.
Octobre rose : dépistage du sein et du col
Le ruban rose s’affiche désormais sur les marchés de Pointe-Noire comme dans les administrations de Brazzaville. Derrière le symbole, les autorités martèlent un message simple : toute femme, dès 25 ans, devrait réaliser un examen clinique annuel et une mammographie tous les deux ans si possible.
« Le dépistage précoce sauve des vies », insiste le Dr Sodjinou. Selon l’OMS, détecté avant trois centimètres, un cancer du sein se guérit dans 95 % des cas. Les messages radios et les caravanes médicales veulent faire de ce reflexe un automatisme national.
Novembre bleu : prévenir le cancer de la prostate
En novembre, la couleur bascule au bleu pour rappeler que le cancer de la prostate reste le premier cancer masculin du Congo. Les autorités ciblent surtout les hommes de plus de cinquante ans, parfois réticents à consulter par crainte ou méconnaissance des symptômes.
Le Pr Nsondé Malanda rappelle que l’examen de l’antigène spécifique prostatique coûte moins qu’un plein de carburant. « Investir dans un test préventif, c’est investir dans des années de vie active », souligne-t-elle, soucieuse de lever le tabou qui entoure encore l’appareil génito-urinaire masculin.
Statistiques alarmantes au Congo et en Afrique
Les chiffres dévoilés pendant la cérémonie donnent la mesure du défi. Plus de 5 000 nouveaux cas de cancer du sein sont recensés chaque année, soit un tiers des cancers féminins. L’âge moyen de diagnostic se situe à 45 ans, mais les premières alertes apparaissent dès 17 ans.
En Afrique subsaharienne, l’OMS estime que 70 % des cancers sont découverts à un stade avancé, faute de centres équipés et de couverture médicale suffisante. Le Congo veut inverser cette tendance grâce à un maillage plus dense de cabinets de dépistage et à la formation du personnel.
Les décès suivent logiquement la même courbe : environ 2 000 femmes et 800 hommes succombent chaque année à un cancer évitable ou traitable, souvent faute d’arriver à l’hôpital à temps. Cette statistique, martèle l’OMS, peut être divisée par deux d’ici dix ans.
Une feuille de route nationale en sept axes
Le gouvernement affine une stratégie nationale articulée autour de sept axes, présentés comme une feuille de route jusqu’en 2030. Sensibilisation, dépistage, prise en charge, montée en compétences, recherche, solidarité et décentralisation constituent les briques complémentaires d’un même édifice de santé publique.
Un budget initial de 12 milliards de francs CFA est prévu pour équiper trois centres de référence, moderniser les plateaux techniques universitaires et subventionner les traitements. Des négociations sont en cours avec des partenaires sud-africains pour réduire le coût des produits de chimiothérapie importés.
Le ministère envisage également un registre national du cancer dématérialisé. L’outil, développé avec l’appui de la Banque mondiale, facilitera le suivi épidémiologique et orientera les dotations régionales. À terme, chaque patient disposera d’un dossier numérique permettant l’accès sécurisé à son historique de soins partout sur le territoire.
Pour atteindre ces objectifs, l’Institut national supérieur des sciences de la santé créera en 2026 une filière d’oncologie infirmière. Les premiers diplômés seront déployés dans les départements enclavés afin d’offrir un premier niveau de soins de proximité et de coordonner les évacuations.
Les voix des spécialistes congolais
Pour le Dr Sodjinou, « la bataille sera gagnée si la science rencontre la solidarité ». Il plaide pour des protocoles standardisés, accessibles dans les hôpitaux généraux. Selon lui, la mutualisation des achats d’imagerie et de radiothérapie avec les pays voisins pourrait diviser les coûts par deux.
La Pr Nsondé Malanda met l’accent sur la dimension humaine. « Nous devons écouter la douleur, rassurer et accompagner au long cours », dit-elle. Le PNLC veut renforcer les unités de psycho-oncologie pour évacuer l’angoisse, réduire l’abandon thérapeutique et améliorer la qualité de vie après rémission.
À retenir
Les campagnes jumelles rappellent que le cancer n’est pas une fatalité. Détecté tôt, il se soigne. Soutenu par l’exécutif et ses partenaires, le triptyque prévention-dépistage-innovation offre une perspective optimiste, à condition que chaque citoyen s’approprie les gestes simples et fréquente les structures agréées.
Le point éco-santé
En réduisant la charge financière du cancer, le pays économiserait chaque année des milliards en journées de travail perdues et importations de médicaments. Défendre la santé publique, souligne le ministre Ibara, revient aussi à renforcer la compétitivité économique et à protéger la cohésion sociale.
Les compagnies d’assurance locales étudient déjà de nouveaux produits couvrant le dépistage et les soins ambulatoires. En mutualisant les risques, elles envisagent de réduire la prime de 30 %, ce qui inciterait davantage de chefs d’entreprise à proposer une mutuelle à leurs salariés.
