Vue d’ensemble
La neuvième édition des Awards des Ports Africains, organisée en marge du 45e Conseil annuel de l’AGPAOC, a distingué le Port autonome de Pointe-Noire comme meilleure plateforme de transit de conteneurs pour l’année 2024. Ce trophée consacre les progrès d’un site devenu pivot des échanges sous-régionaux.
Pour les autorités congolaises, cette reconnaissance conforte la stratégie de diversification économique conduite ces dernières années, où la logistique portuaire s’affirme comme levier de compétitivité et de rayonnement régional. Le port en eaux profondes renforce ainsi sa stature de porte océane de l’Afrique centrale.
Ambition régionale renforcée
Depuis une décennie, Pointe-Noire a vu son trafic bondir, attirant désormais les flux venus du Gabon, de la République centrafricaine ou encore du corridor Kinshasa-Brazzaville. Les compagnies maritimes y trouvent une cadence d’escale optimisée, tandis que les chargeurs apprécient l’efficience des procédures douanières modernisées.
Selon l’AGPAOC, le terminal congolais a gagné 12 % de volumes en 2024, soit près de 400 000 EVP. Il se situe désormais juste derrière Lomé et Abidjan sur l’Atlantique, avec un potentiel de rattrapage rapide.
Investissements structurants
Au cœur du succès, le programme d’investissement de Congo Terminal, filiale de Bolloré Ports, impressionne. La première phase, 350 millions d’euros, a allongé le quai à 1 500 mètres et offert un tirant d’eau de 15 mètres.
Les travaux ont ajouté huit portiques dernière génération et un système numérique de tracking. Le temps de séjour moyen d’un conteneur est passé de six à trois jours entre 2014 et 2024.
La deuxième phase, lancée fin 2023 pour 400 millions supplémentaires, transforme le Môle Est en vaste plateforme de 31 hectares. L’objectif consiste à porter la capacité annuelle à deux millions d’EVP et à développer un hub de transbordement destiné au sud du Golfe de Guinée.
Partenariat public-privé exemplaire
« Nous sommes fiers du partenariat public-privé conclu avec Congo Terminal », souligne Séraphin Bhalat, directeur général du Port autonome de Pointe-Noire. Il estime que la complémentarité entre vision publique et expertise privée « garantit une desserte fiable, régulière et compétitive pour les armateurs internationaux ».
Même satisfaction du côté d’Anthony Samzun, directeur général de Congo Terminal : « Avec les investissements engagés, Pointe-Noire consolide son rôle de pays de transit pour toute la sous-région ». Pour lui, l’Award « valide l’ambition de faire de cette place logistique une référence continentale ».
Atouts logistiques et environnementaux
Au-delà de la profondeur naturelle du bassin, le port capitalise sur sa connexion ferroviaire vers Brazzaville et la RDC via le CFCO. Le futur terminal routier, actuellement en chantier, fluidifiera la distribution des conteneurs vers les hinterlands tout en réduisant les coûts de dernière liaison.
Le volet environnemental n’est pas négligé : éclairage LED, lutte contre les fuites d’hydrocarbures et programme de reboisement participent à réduire l’empreinte carbone. L’usage du gaz naturel pour les portiques hybrides devrait, selon la direction, réduire d’un quart les émissions de CO₂ d’ici 2026.
À retenir
Distingué par l’AGPAOC, Pointe-Noire combine profondeur, connectivité ferroviaire et productivité supérieure à 40 mouvements de grue par heure. Avec un volume en hausse constante, le terminal congolais s’impose comme option logistique préférée des corridors Bangui-Douala et Kinshasa-Matadi, tout en renforçant les recettes portuaires nationales.
Le point économique
Selon la Direction générale de l’économie, les activités du port ont généré en 2024 l’équivalent de 3 % du PIB national et 8 000 emplois directs. La progression prévue de la phase 2 pourrait porter ces chiffres à respectivement 4 % et 12 000 emplois d’ici trois ans.
Les douanes estiment que la digitalisation complète du manifeste électronique a réduit de moitié la fraude sur le transit. Cette efficacité fiscale renforce la capacité de l’État à financer des politiques publiques, notamment dans la santé et l’éducation, conformément aux priorités gouvernementales.
Perspectives 2026
Le chantier du Môle Est doit s’achever courant 2026. Une fois opérationnel, Pointe-Noire envisage de capter une part substantielle du transbordement des lignes Asie-Amérique latine. Les armateurs CMA-CGM et Maersk ont déjà manifesté leur intérêt pour y implanter des services feeders dédiés.
Dans le même temps, le ministère de l’Aménagement du territoire étudie la création d’une zone économique spéciale adossée au port pour attirer l’agro-transformation et la petite industrie métallique. En favorisant la valeur ajoutée locale, Brazzaville espère diversifier davantage l’économie hors hydrocarbures.
L’Award reçu à Abidjan résonne donc comme un signal de confiance adressé aux investisseurs. Soutenu par un cadre réglementaire stable et la volonté des autorités, le hub de Pointe-Noire illustre la capacité du Congo-Brazzaville à se projeter au-delà de son marché intérieur et à dynamiser la sous-région.
