Une semaine sous le signe de la recherche appliquée
Dans l’amphithéâtre principal de Kintélé, le professeur Arnaud Wilfrid Etou Ossibi a lancé, le 6 octobre, la seconde semaine scientifique de la Faculté des sciences appliquées. L’initiative, quatrième du genre, veut modeler chez les étudiants une culture d’ingénierie dédiée aux réalités économiques nationales.
Industrie, environnement : des solutions locales
Placée sous le thème « La recherche appliquée : solutions durables pour les entreprises et les populations cibles », la manifestation ambitionne de relier chaque projet d’étudiant à un besoin concret, qu’il s’agisse de valoriser les résidus de scierie ou de mieux gérer les déchets ménagers des grandes agglomérations.
Éveil scientifique et paroles d’experts
« Nous voulons déclencher le déclic qui pousse un jeune à transformer une idée en prototype », confie le doyen Etou Ossibi. Il voit dans cette semaine « un véritable moment d’éveil », indispensable pour hisser l’Université Denis-Sassou N’Guesso au rang d’acteur majeur de l’innovation régionale.
Laboratoires ouverts, terrain exploré
Des visites guidées mènent les étudiants des laboratoires de matériaux à l’usine de fertilisants d’Oyo, en passant par le Centre national de recherche forestière. Cette immersion, rare dans un cursus académique, permet de confronter immédiatement la théorie aux chaines de production.
Concours et posters, la science se met en scène
Les couloirs se transforment en galerie d’affiches colorées. Chaque équipe défend sa communication en trois minutes chrono : dépollution de l’eau par argiles locales, bioplastiques à base de manioc, drones d’inspection des pistes rurales. Les jurys, composés d’industriels, attribueront un prix au meilleur projet de R&D.
La science au cœur du rêve africain
Autour d’une table ronde très attendue, décideurs et entrepreneurs débattent des freins à la valorisation des brevets africains. « Le rêve africain passe par notre capacité à produire une technologie propre à nos contextes », résume la chercheuse burkinabè Blandine Tamboura, invitée d’honneur.
Mobilité régionale des savoirs
Trente enseignants-chercheurs étrangers, venus principalement du Bénin, du Burkina Faso, du Gabon et du Niger, participent aux panels. Leur présence illustre la volonté congolaise de se positionner comme hub académique au sein de la CEMAC et d’ouvrir ses laboratoires aux collaborations interuniversitaires.
Stratégies pour des villes propres
Le professeur Jean De Dieu Nzila, de l’Université Marien Ngouabi, ouvre le cycle des conférences. Il détaille une cartographie fine des déchets solides à Brazzaville et propose un modèle financier hybride, associant municipalités et PME de recyclage, pour atteindre un taux de valorisation de 60 % d’ici cinq ans.
Géopolymères : nouvelle voie pour le ciment
Le Camerounais Antoine Elimbi présente les géopolymères, liants économes en clinker qui pourraient réduire de moitié les émissions de carbone du secteur BTP en Afrique centrale. « Nos latérites riches en aluminosilicates constituent une ressource inexploitée », souligne-t-il, échantillons à l’appui.
Synergie université-entreprise
Au-delà des discours, les industriels présents saisissent l’occasion de repérer de futurs ingénieurs. Le groupe pétrolier national, des sociétés forestières et plusieurs start-up numériques ont mis un stand, offrant des stages et posant des cas d’études réels aux équipes pédagogiques.
Regards d’étudiants
Pour Mireille, en troisième année de génie environnemental, « les visites d’usine montrent qu’une carrière technique est possible sans quitter le pays ». Kevin, lui, espère « voir son mini-réacteur à biogaz installé dans un internat de la périphérie de Brazzaville d’ici à deux ans ».
Un appui institutionnel renforcé
Le ministère de l’Enseignement supérieur soutient la démarche, rappelant le rôle clé de la connaissance dans la feuille de route Gabon-Congo 2030. Des crédits supplémentaires ont été alloués aux laboratoires et une ligne budgétaire spécifique couvre la mobilité des scientifiques invités.
Vers une évaluation continue
Les organisateurs prévoient de publier, dès novembre, un baromètre des retombées concrètes : nombre de stages signés, prototypes finalisés, partenariats industrie-université validés. Cette mesure régulière des impacts répond aux standards internationaux et renforce la crédibilité des équipes congolaises.
Diversification économique en toile de fond
En misant sur la recherche appliquée, le Congo s’arme pour diversifier son économie, encore dépendante des hydrocarbures. Matériaux innovants, agriculture de précision et énergies renouvelables figurent parmi les filières que la FSA souhaite propulser vers les chaînes de valeur nationales et régionales.
À retenir
Près de 400 étudiants, 70 enseignants et une trentaine de partenaires industriels participent à la semaine scientifique, qui s’achèvera le 11 octobre. Deux conférences majeures, un concours de projets et une table ronde structurent l’événement, ouvert pour la première fois à un large public extérieur.
Le point éco
Selon la direction de la FSA, chaque franc-CFA investi devrait générer trois francs de valeur ajoutée dans les entreprises locales grâce au transfert technologique. Le modèle financier retenu privilégie des partenariats public-privé, encourageant la montée en gamme d’une économie congolaise tournée vers l’innovation.
