Pointe-Noire consolide son rôle stratégique
À l’entrée du golfe de Guinée, le Port autonome de Pointe-Noire (PAPN) agit comme la porte océane du Congo et la vigie logistique de l’Afrique centrale. Chaque année, ses quais voient transiter près d’un million de conteneurs, chiffre appelé à bondir grâce au nouveau chantier.
Réunis récemment, les membres du comité de suivi de la convention de concession ont dressé l’état d’avancement des résolutions liées à l’extension et à la modernisation du terminal à conteneurs. Les débats ont confirmé la trajectoire ascendante du PAPN dans les chaînes de valeur maritimes régionales.
Un chantier XXL de 750 mètres
Le projet prévoit la construction d’un quai long de 750 mètres, profond de 17 mètres, posé sur 28 hectares gagnés sur la mer. Cette dimension permettra d’accueillir simultanément deux porte-conteneurs de nouvelle génération de plus de 15 000 EVP.
Selon le directeur des Ports et terminaux, Olivier de Noray, « la taille des navires évolue vite. Il est indispensable que Congo Terminal suive la cadence afin de préserver ses parts de marché régional ». Le groupe vise une mise en service opérationnelle fin février 2027.
Gouvernance partenariale et financement
Le projet s’inscrit dans l’avenant n°3 signé en août 2023 entre l’État, le PAPN et Congo Terminal, filiale de Bolloré Africa Logistics désormais rebaptisée Africa Global Logistics. Le montage combine capitaux privés, soutien public et emprunts internationaux structurés auprès de banques de développement.
Le directeur général du port, Séraphin Bhalat, insiste : « La transparence du comité de suivi garantit le respect des engagements et la maîtrise des risques. Chaque jalon franchi conforte la crédibilité du partenariat public-privé mis en place depuis 2009. »
Impact économique attendu
Dès sa mise en service, l’extension devrait porter la capacité annuelle du terminal à deux millions d’EVP, doublant presque le flux actuel. Les recettes portuaires pourraient progresser de 40 %, avec un effet d’entraînement sur la fiscalité, l’emploi et les prestataires logistiques nationaux.
Les transporteurs terrestres, notamment, misent sur l’effet de volume pour optimiser leurs rotations vers Brazzaville, Kinshasa et les pays enclavés de la CEMAC. Des ateliers de formation aux métiers portuaires sont prévus afin d’accompagner la montée en compétence de la main-d’œuvre locale.
Enjeux environnementaux sous surveillance
Le dragage en haute mer, nécessaire pour atteindre les 17 mètres de tirant d’eau, fera l’objet d’un suivi bathymétrique permanent. Des balises de turbidité, installées en amont du chantier, mesureront l’impact sur la faune aquatique fragile du littoral congolais.
Africa Global Logistics prévoit également des installations de traitement des eaux de ruissellement et la mise en circulation de huit portiques hybrides afin de réduire les émissions de CO₂, conformément aux standards de l’Organisation maritime internationale.
Calendrier serré et points d’attention
Les travaux démarreront par la stabilisation des sols et la pose de palplanches fin 2024. La phase de génie civil s’étalera jusqu’à mi-2026, laissant place à l’équipement des quais. Le calendrier sera ajusté en fonction de la disponibilité des grues STS commandées en Asie.
Le comité a par ailleurs examiné la question du périmètre concédé, la formalisation des compensations foncières et le versement des redevances de concession. L’utilisation temporaire d’une zone logistique, indispensable au stockage des matériaux, nécessite encore l’accord des Douanes.
Le point juridique et économique
L’avenant n°3 précise la répartition des risques : le concessionnaire couvre le risque de trafic, tandis que l’État garantit la stabilité réglementaire. En cas de force majeure, une clause de réaménagement prévoit une suspension des obligations, évitant toute paralysie du service public.
Sur le plan tarifaire, les droits de pilotage, remorquage et dragage seront indexés annuellement sur l’indice des prix à la consommation de la zone CEMAC. Cette formule sécurise les revenus du port et offre de la visibilité aux armateurs.
À retenir pour la région
Hub naturel entre le Cabinda pétrolier, la RDC minière et les économies enclavées d’Afrique centrale, Pointe-Noire entend prolonger son avantage comparatif. L’extension consolidera le corridor ferroviaire CFCO et renforcera la projection diplomatique du Congo sur la façade atlantique.
Dans un contexte mondial de chaînes logistiques sous tension, la modernisation du PAPN offre au Congo-Brazzaville une fenêtre pour capter davantage de flux de transbordement et diversifier ses revenus hors hydrocarbures, en phase avec la feuille de route gouvernementale sur l’industrialisation.
